Luc MICHEL pour EODE Think Tank/
2017 05 22/
Derrière la visite de Poutine à Paris, reçu à Versailles par Macron, il y a les symboles de trois siècle de géopolitique paneuropéenne !
AU CŒUR DES FONDAMENTAUX DE LA GEOPOLITIQUE
Pendant une période géopolitique de l’histoire européenne (qui était alors l’histoire mondiale), qui va de Louis XIV à Waterloo, la France a été LA puissance continentale européenne, celle qui au bout de ce cycle a tenté l’unification du continent avec Napoléon Ier. C’est « l’Europe française ». Après Waterloo, la main ira à l’Allemagne de Bismarck à 1942, c’est « l’Europe allemande » qui perd son banco géopolitique devant Moscou (piège stratégique tendu par Staline) puis Stalingrad. Dans ce « grand jeu » paneuropéen, la main passe à nouveau. La puissance continentale passe à Moscou en 1942, elle y est toujours et la Russie est l’héritière géopolitique (terriblement amoindrie) de l’URSS !
Face à la puissance continentale, la thalossacratie, la puissance maritime : cet impérialisme anglo-saxon, passés des mains des « cousins » britanniques à celles de Washington et Wall-street (l’impérialisme yankee a deux capitales) entre 1917 et 1944. LE conflit géopolitique classique, qui resurgit périodiquement, car la Géopolitique a horreur du vide, au travers de l’Histoire depuis 2.500 ans (Sparte vs Athènes, puis surtout le conflit de base : Rome vs Carthage, très actuel puisque nous vivons depuis 1792 la longue « quatrième guerre punique » (1), où les USA, après Londres, sont la nouvelle Carthage) …
LA NOSTALGIE DE LA PUISSANCE FRANCAISE DISPARUE
Versailles, vitrine de la puissance de la France de Louis XIV, symbolise la nostalgie historique de cette « Europe française » qui est morte à Waterloo, qui ne reviendra plus. Une nostalgie qui paralyse l’esprit et l’imagination de toute la classe politique française, qui s’imagine que la France est encore une grande puissance. Ce qu’elle n’est plus internationalement depuis Waterloo (2) précisément, mais aussi depuis le grand suicide de la « grande guerre civile européenne », du grand suicide collectif de l’Europe en août 1914 !
C’est ce miroir de la grandeur française, qui n’est plus qu’une image morte, que Macron veut opposer à la réalité de la puissance russe, que Poutine a maintenue et reconstruite sur l’héritage soviétique ! Choc des cycles géopolitiques qui passent au regard de l’Histoire …
LES INTERROGATIONS DE LA PRESSE FRANCAISE …
« POUTINE REÇU A VERSAILLES : POURQUOI MACRON A-T-IL FAIT CE CHOIX ? »
« Vladimir Poutine sera reçu par Emmanuel Macron au château de Versailles », choc diplomatique qu’annonce l’AFP. Et interrogations multiples sur le sens de cette invitation, qui contraste avec les humiliations russophobes des Hollande-Fabius, dans la presse française.
Ainsi, Le Parisien s’interroge : « Emmanuel Macron recevra lundi son homologue russe Vladimir Poutine au Grand Trianon à Versailles. Au-delà du prétexte de l’exposition consacrée à la visite de Pierre le Grand en France en 1717, ce choix nourrit la posture résolument régalienne du nouveau chef de l’Etat. Durant son quinquennat, François Hollande ne se sera servi qu’à deux reprises du faste versaillais pour ses rendez-vous diplomatiques. Nicolas Sarkozy n’en fera même lui usage qu’une seule fois. C’était lors de la célèbre visite du Libyen Mouaamar Kadhafi en 2007. A peine élu et installé à l’Elysée que le Jupitérien Macron reçoit déjà l’un des plus influents hommes d’Etat dans l’ancienne demeure du Roi Soleil, écrin ultime de la puissance française. Lundi, le président russe, qui a entretenu des relations tendues avec l’équipe de campagne d’En marche!, débarquera pour la première fois au Grand Trianon. Il inaugurera avec Emmanuel Macron l’exposition de l’Ermitage sur le 300e anniversaire de la première visite de Pierre Ier en France. »
Puis il sera l’heure d’un «échange d’opinions», selon les mots du Kremlin, où seront abordées «les questions actuelles internationales et régionales, notamment la coordination de la lutte contre le terrorisme et le règlement des crises en Syrie et en Ukraine».
« INVITER VLADIMIR POUTINE A VERSAILLES, EST-CE UN CADEAU EMPOISONNE ? » (LE PARISIEN)
« Mais quels symboles se cachent derrière le choix de château de Versailles ? Quel lien entre ce lieu monarchique et les présidents de la République ? » interroge encore le quotidien parisien, qui pose ses questions au documentariste Frédéric Biamonti (formé à Sciences-Politiques Paris et à la FEMIS, auteur du film «Versailles, rois, princesses et présidents» en 2015).
« Inviter Vladimir Poutine à Versailles, est-ce un cadeau empoisonné ? »
Frédéric Biamonti : « C’est difficile à dire. Accueillir un chef d’Etat là-bas, c’est à double tranchant. D’un côté, il s’agit de l’honorer copieusement, d’inscrire cette rencontre dans le temps, tant le lieu symbolise l’Etat dans ce qu’il a de plus précieux. Et d’un autre côté, il s’agit d’écraser son hôte sous le faste, de l’étouffer sous la grandeur tricolore. Pour les présidents de la République française, Versailles, est une façon de se hisser au prestige de la monarchie (…) Pour un début de quinquennat, c’est en effet plutôt une surprise. Ce geste se range dans le catalogues des gestes régaliens. Il y a quelque chose de considérable dans une telle invitation. Surtout que c’est une demande d’Emmanuel Macron. En 2014, François Hollande avait répondu à une demande du dirigeant chinois Xi Jinping. Il lui avait alors organisé une soirée à l’Opéra royal, avec un orchestre de musique chinoise et un dîner intimiste. Quelque chose de très honorifique ».
* Lire sur Le Parisien :
RATTRAPAGE DIPLOMATIQUE ?
Il semblerait que Macron, pourtant totalement inscrit dans l’orbite américaine (3), veuille rattraper les humiliations russophobes des Hollande-Fabius, qui avaient conduit à l’annulation de la dernière visite de Poutine à Paris (qui aurait du inaugurer la cathédrale orthodoxe de Paris). Présenté comme l’héritier de Hollande, la présidence Macron commence surtout par un grand coup de balais du Hollandisme (épuration des médias d’état, critique ouverte de la communication de son précécesseur, etc). Et le personnage de Macron, j’en fais l’analyse, ressemblera plutôt au « florentin » Mitterrand. Maître du double jeu et des incertitudes coulées en politiques …
Frédéric Biamonti évoque ce « rattrapage diplomatique » : « Quand est-ce qu’un Russe a été reçu pour la dernière fois dans ce château ? Cela remonte à 1992. François Mitterrand s’en était servi pour opérer un véritable rattrapage diplomatique. Il voulait se faire pardonner de l’année précédente où il avait volontairement reçu de manière très désinvolte Boris Eltsine, alors maire de Moscou. Mitterrand lui préférait le président Gorbatchev, d’une sensibilité politique. Il s’est servi de Versailles pour réparer son erreur une fois qu’Eltsine est devenu président de la Fédération de Russie ».
LUC MICHEL / EODE THINK TANK
(1) Les trois guerres puniques opposèrent durant près d’un siècle la Rome antique et Carthage (civilisation punique et pas « africaine », les africains sont ses voisins numides, alliés de Rome). La cause initiale des guerres puniques fut le heurt des deux empires en Sicile, qui était en partie contrôlée par les Carthaginois. Au début de la première guerre punique, Carthage avait formé un vaste empire maritime (thalassocratie) et dominait la mer Méditerranée, alors que Rome avait conquis l’Italie péninsulaire (puissance continentale). À la fin de la troisième guerre punique, Rome parvint à conquérir les territoires carthaginois et à détruire Carthage, devenant ainsi la plus grande puissance de la Méditerranée.
(2) Cfr. mon analyse géopolitique de la bataille de Waterloo :
WATERLOO, UN TOURNANT DE L’HISTOIRE MODERNE : GEOPOLITIQUE – IDEOLOGIE – REVOLUTION. LE POINT DE VUE DU PCN
(3) Voir sur PCN-TV/ LUC MICHEL: DE QUI MACRON EST-IL LE NOM ? (PRESIDENTIELLE FRANCAISE 2017 -VI)
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