Karel Huybrechts pour
Le Quotidien géopolitique – Geopolitical Daily/
de LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ)/
2023 08 28/ Série V/

Quels sont les enjeux de l’arrivée de six nouveaux pays au sein de l’organisation ?

Ne les appelez plus BRICS. Le groupe de pays qui tient son nom des premières lettres de ses cinq membres (le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, et l’Afrique du Sud) va accueillir six nouveaux pays. L’Iran, l’Argentine, l’Egypte, l’Ethiopie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis rejoignent, à compter du 1er janvier 2024, le groupe des pays émergents qui veut gagner en influence sur le monde.

Une telle ouverture pourrait leur permettre de peser davantage sur une scène internationale de plus en plus polarisée, Pékin et Moscou cherchant à former un contre poids face à l’Occident. Avec comme levier, la monnaie.

UNE ALTERNATIVE AU DOLLAR

« Cette organisation cherche à acquérir une nouvelle dimension et surtout créer des instruments pour proposer des alternatives au système économique et financier mondial, notamment le rôle du dollar », explique sur BFM Business ce vendredi, Alexandre Kateb, économiste et président du cabinet The Multipolarity Report.

« La dédollarisation et le développement de monnaies d’échange alternatives comme le yuan (le monnaie chinoise, NDLR) va de pair avec cet élargissement. Il y a une véritable logique qui connecte les deux aspects » poursuit l’expert.

Preuve de cette volonté, « l’inclusion de l’Arabie saoudite et des Emirats dans ce nouvel ensemble élargi. Ce sont des pays qui ont des ‘deep pockets’ (des poches profondes, NDLR) qui peuvent financer un nouveau système financier basé sur une monnaie des BRICS qui serait elle-même adossée au pétrole ou à l’or par exemple », détaille Alexandre Kateb.

AVEC UN OBJECTIF HAUTEMENT STRATEGIQUE: QUE LE PETROLE NE SOIT PLUS SEULEMENT COTE EN DOLLAR.

« C’est un catalyseur » confirme l’économiste « et ça a déjà commencé, l’Arabie saoudite a signé un accord avec la Chine pour facturer en yuans ses exportations de pétrole. Les Emirats ont envoyé une première livraison de gaz liquéfié à la Chine facturée en yuans et on sent bien qu’il y a tout un mouvement aujourd’hui pour asseoir ces relations dans un cadre bien plus multilatéral ».

« D’où cette idée de monnaie de réserve des BRICS qui est en fait une unité d’échange qui servira d’unité de compte à toutes ses transactions et permettra d’inclure d’autres pays qui ont des dettes vis-à-vis de la Chine comme l’Argentine », explique l’économiste.

LES SPECULATIONS SUR UNE MONNAIE COMMUNE RESTENT VIVES

Alors que le 15e sommet des BRICS démarrait à Johannesburg, en Afrique du Sud, les rumeurs et spéculation sur un potentiel projet de création d’une monnaie commune au bloc restent vives.

Le président brésilien Lula da Silva a en effet relancé le débat sur une monnaie des BRICS en défendant l’idée, déclarant lors d’une intervention en direct sur les réseaux sociaux, selon Reuters, que la monnaie ne viserait pas à « rejeter » le dollar américain, mais qu’elle serait plutôt utilisée pour faciliter les échanges entre les nations émergentes.

Rappelons que ce n’est pas la première fois que le président brésilien se prononce en faveur d’une monnaie des BRICS. Au mois d’avril, il avait en effet déclaré lors d’un discours qu’il est « favorable à la création, au sein des BRICS, d’une monnaie d’échange entre nos pays, tout comme les Européens ont créé l’euro ».

Rappelons que bien que l’idée flotte depuis quelques années déjà, les spéculations sur la possible création d’une monnaie des BRICS ont pris une nouvelle ampleur suite à un tweet de l’ambassade de Russie au Kenya le 3 juillet, qui annonçait que « les pays BRICS prévoient d’introduire une nouvelle monnaie, qui sera soutenue par l’or ».

Ce tweet a été repris par de nombreux médias russes liés à l’État.

Les pays membres du bloc continueront à s’éloigner du dollar américain et que les sanctions occidentales contre la Russie imposées après l’invasion de l’Ukraine accélèrent la transition.

« Les BRICS ont entamé un processus qui a été accéléré par le conflit et les sanctions unilatérales », a déclaré M. Sooklal. « L’époque d’un monde centré sur le dollar est révolue, c’est une réalité. Nous avons aujourd’hui un système commercial mondial multipolaire ».

MAIS UNE MONNAIE COMMUNE DES BRICS PEUT-ELLE FAIRE TREMBLER LE DOLLAR ?

Au programme du sommet des Brics, qui s’est ouvert à Johannesburg, donc un projet de monnaie commune permettrait aux pays membres, Chine, Russie, Inde, Brésil et Afrique du Sud, de faire du commerce entre eux sans passer par le roi dollar. Et d’échapper, le cas échéant, aux sanctions monétaires de Washington. Ambition réaliste, ou coup de communication ?

Quel est le point commun entre la Chine, le Brésil, l’Inde, la Russie et l’Afrique du Sud ? À première vue, pas grand-chose, sauf une volonté : lutter contre l’hégémonie des États-Unis.

Et peut-être un jour, une monnaie. C’est à l’ordre du jour du sommet des Brics (le nom de l’alliance formée par ces cinq États) qui s’est ouvert le 22 août à Johannesburg. Une devise commune leur permettrait d’échapper aux potentielles sanctions américaines, mais aussi d’afficher une unité au sein de ce groupe aux profils disparates. Mais le projet est-il réaliste ?

L’enjeu pour ces cinq puissances : constituer un club monétaire face au géant américain, incontournable dans le système monétaire mondial depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et les accords de Bretton Woods. En juin dernier, lors du Sommet pour un nouveau pacte financier à Paris, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a publiquement critiqué cette hégémonie américaine sur les accords commerciaux, et proposé la création d’une monnaie pour le groupe des Brics, sur le modèle de l’euro.

« Quand on veut échanger des roubles contre des réals brésiliens, il faut passer par le dollar, par les banques américaines. Se détacher du dollar est un enjeu crucial pour les pays périphériques du système monétaire international » explique Alexandre Kateb, économiste et président du cabinet de prospective The Multipolarity Report

L’IDEE D’UNE MONNAIE COMMUNE APPARAIT D’AUTANT PLUS AMBITIEUSE DANS LE CADRE DE CE GROUPE AU POIDS ECONOMIQUE CONSIDERABLE.

Les Brics représentent le quart du PIB mondial et 42 % de la population du globe. Les échanges commerciaux entre la Chine et la Russie ont explosé ; Pékin est également le premier client des exportations brésiliennes.

Mais qui dit monnaie commune ne dit pas monnaie unique : le projet n’a pas l’ambition de l’euro. « Une monnaie commune vient se superposer aux monnaies nationales et permet de faciliter les opérations de compensation des déséquilibres commerciaux entre les pays qui l’utilisent », souligne Julien Vercueil, économiste et maître de conférences à l’Inalco, où il est responsable d’un séminaire sur les Brics.

« Cette monnaie ne sera pas utilisable par les particuliers, mais elle portera sur les transactions, pour permettre à ces pays de mener leurs échanges commerciaux, qui reposaient jusque là sur des systèmes bilatéraux », tempère également Alexandre Kateb.

Si le principe semble bien défini, les contours du projet, eux, restent flous. « Plusieurs options sont possibles, énumère Julien Vercueil, de la simple unité de compte (sans aucune autre prétention que servir de base à une comptabilité commune des échanges mutuels), au pivot d’un système commun de sécurisation des règlements alternatif au système Swift des occidentaux, ou même aux linéaments d’une véritable monnaie commune, qui supposerait que les membres s’accordent sur les pondérations à accorder à chacune de leur monnaie au sein d’un panier commun. »

L’ENJEU DES SANCTIONS AMERICAINES

Si l’application pratique d’une telle ambition reste à établir, la motivation des Brics, elle, est bien définie, et s’analyse dans un contexte géopolitique de plus en plus tendu. Face aux sanctions américaines, les pays émergents ont pris conscience de leur vulnérabilité.

Pour Alexandre Kateb, la ligne rouge a été franchie avec la guerre en Ukraine, et les sanctions financières sans précédent prises contre la Russie. « Le gel des avoirs de la banque centrale de Russie est un tournant : c’était la première fois qu’un pays s’est trouvé privé de sa souveraineté monétaire. Les États-Unis et le G7 ont franchi un nouveau pas. »

Avant même l’invasion de l’Ukraine, l’Occident avait démontré à plusieurs reprises ses capacités d’entrave économique face à ses adversaires. Agathe Demarais estime que le premier moment clé remonte à 2012, quand l’Iran a été exclu du système Swift, qui permet d’opérer des virements bancaires. « Puis, en 2014, il y a eu les premières sanctions contre la Russie, partenaire économique majeur. Et enfin, en 2018, vous avez le début de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, et les mesures qui visent à restreindre les exportations de semi-conducteurs. » Dans ce contexte mouvant, où le dollar peut servir d’arme économique au service des intérêts occidentaux, les pays émergents cherchent leur porte de sortie.

UNE « MULTIPOLARITE MONETAIRE »

« C’est passionnant d’un point de vue économique, c’est tout un système à inventer. » Il voit dans les monnaies numériques une option viable pour une monnaie commune. « La crypto contourne les obstacles bureaucratiques, et l’Occident est à la traîne, pour des raisons de conservatisme, sur ces nouveaux systèmes d’échange. Cette monnaie commune, c’est un projet à long terme. Il n’est pas dit qu’il aboutisse sous cette forme, mais il redessine un monde, une multipolarité monétaire. »

EN ATTENDANT LES BRICS INTENSIFIENT L’UTILISATION DE LEURS PROPRES MONNAIES, DELAISSANT DAVANTAGE LE DOLLAR

La New Development Bank (NDB), alternative des BRICS à la Banque mondiale, commencera à prêter en real brésilien, en rand sud-africain et en roupie indienne. Les pays émergents cherchent ainsi à se détacher davantage du dollar dominant.

Pourquoi est-ce important ?
Le roi dollar, toujours de loin la monnaie dominante sur la scène internationale, perd en popularité dans une partie du monde. Les économies en développement qui s’éloignent du dollar représentent une tendance croissante. Avec la NDB en tant qu’institution non occidentale, le bloc des BRICS voit l’opportunité, en plus d’emprunter en renminbi chinois, de prêter dans les monnaies du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud. Pour l’instant, on ne parle pas du rouble russe, en raison des sanctions.

Avec cette démarche, la NDB souhaite obtenir un système financier plus diversifié. Outre les avantages de l’utilisation du dollar, il existe également des risques associés à l’utilisation d’une monnaie dont on ne contrôle pas directement la politique monétaire. Qui plus est quand on est sous le joug des sanctions de ce pays.

Luc MICHEL (Люк МИШЕЛЬ)

* Avec le Géopoliticien de l’Axe Eurasie-Afrique :
Géopolitique – Géoéconomie – Géoidéologie – Géohistoire – Géopolitismes – Néoeurasisme – Néopanafricanisme
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