Le Quotidien géopolitique – Geopolitical Daily/
de LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ)/
2023 10 07/ Série V/

Le président russe Vladimir Poutine s’est exprimé au Club international de Valdai qui s’est tenu à Sotchi. Les experts de 42 pays ont débattu des thèmes de la sécurité dans un monde multipolaire.

Le président russe Vladimir Poutine a pris la parole à Sotchi lors de la dernière journée du Club de discussion international du groupe de réflexion Valdai.

La séance plénière présidentielle a duré quelques heures, au cours de laquelle 140 experts, hommes politiques et diplomates de 42 pays d’Eurasie, d’Afrique, d’Amérique du Nord et du Sud ont présenté leurs rapports et discuté de questions sur les sujets les plus douloureux et les plus pointus.

Devant le forum de Valdaï, le maître du Kremlin a multiplié les mises en garde à l’Occident et a brandi une éventuelle sortie du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) de 1996.

La traditionnelle prise de parole annuelle de Vladimir Poutine devant le forum de Valdaï avait été soigneusement préparée. Après le discours du chef du Kremlin devant ce cénacle d’experts très lié à l’administration présidentielle russe, réuni à Sotchi, sur la mer Noire.

VLADIMIR POUTINE ACCUSE LES OCCIDENTAUX DE CRÉER UN « NOUVEAU RIDEAU DE FER » AVEC LA RUSSIE

Le président de la Fédération de Russie affirme que « c’est l’Europe qui ferme la porte » à un dialogue avec Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine.
Le président russe Vladimir Poutine a accusé jeudi les Occidentaux de créer un « nouveau rideau de fer » avec la Russie, plus d’un an et d :mi après le début de l’assaut russe contre l’Ukraine, qui a provoqué une pluie de sanctions sur Moscou.

« Ce n’est pas nous qui fermons la porte. C’est l’Europe qui ferme la porte (…) Un nouveau rideau de fer est en train de se créer. Ce n’est pas nous qui le créons, ce sont les Européens », a déclaré Vladimir Poutine lors du forum international de Valdaï en Russie.

Le président russe a aussi assuré que la mission de son pays était de bâtir « un nouveau monde », fustigeant « l’hégémonie » occidentale et plaçant l’assaut en Ukraine dans cette optique et non dans celle d’un « conflit territorial ».

« Nous sommes essentiellement confrontés à la tâche de bâtir un nouveau monde », a déclaré Vladimir Poutine au cours du forum politique de Valdaï en Russie, dénonçant « l’arrogance » des Occidentaux depuis la chute de l’URSS.

« Les Etats-Unis et leurs satellites se sont engagés sur la voie de l’hégémonie », a martelé le chef de l’Etat russe, qui estime que « l’Occident a toujours besoin d’un ennemi contre lequel la lutte se justifie par la force et l’expansionnisme ».

L’offensive russe en Ukraine n’est par conséquent, selon Vladimier Poutine, « pas un conflit territorial » mais un événement qui doit déterminer les « principes sur lesquels le nouvel ordre mondial sera fondé ».

Vladimir Poutine a estimé que les Etats-Unis avaient « provoqué la crise ukrainienne » en soutenant la révolution pro-européenne du Maïdan en 2014 et que « l’Europe a été forcée de suivre » Washington.

SUR L’UKRAINE, « NOUS NOUS EN SORTONS BIEN »

La Russie dénonce depuis des années l’élargissement de l’Otan, qu’elle considère comme une menace existentielle. Moscou a en particulier expliqué l’assaut sur l’Ukraine par la volonté de ce pays de rejoindre l’Alliance atlantique.

Après plus d’un an et demi de combats en Ukraine et de sanctions, Vladimir Poutine a considéré que la Russie parvenait à faire face au coût de son offensive militaire.

« Jusqu’à présent, nous nous en sortons bien. J’ai des raisons de croire que nous serons en mesure de faire face à l’avenir également », a-t-il dit.

POUTINE APPELLE L’OCCIDENT A SE DEBARRASSER DE L’ARROGANCE COLONIALE

Le président russe a appelé l’Occident, qui impose à chacun ses règles du jeu, à se débarrasser de la pensée coloniale.

Selon le président Poutine, la Russie a pour tâche de construire un nouveau monde. L’Occident a ignoré les déclarations de la Russie sur l’inadmissibilité de l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN et l’élargissement de l’alliance.

L’Occident s’est montré cynique à l’égard des accords antérieurs sur l’Ukraine, qui ont été conclus pour résoudre le conflit et utilisés comme moyen de gagner du temps au lieu de restaurer paix. Poutine leur a conseillé de simplement mettre de côté leur arrogance et de ne pas considérer les autres comme des sauvages.

«LA RUSSIE DOIT-ELLE ABAISSER LE SEUIL DE SON UTILISATION DE L’ARME NUCLEAIRE ?»

Une question a été Sergueï Karaganov, ponte moscovite des relations internationales, positionné depuis l’invasion de l’Ukraine en tête des « faucons nucléaires». «La Russie doit-elle abaisser le seuil de son utilisation de l’arme nucléaire ?», a demandé Karaganov au président russe. Une interpellation par laquelle l’expert reprenait l’une de ses marottes et qui offrait du même coup à M. Poutine l’opportunité de développer, dans son plus pur style, un discours mêlant coup de menton martial et menaces à peine voilées à l’encontre de l’Occident. La cible principale, une fois encore, du président russe.

«Avons-nous besoin de changer (de doctrine) ?

Tout peut être modifié mais je n’en vois pas le besoin», a répondu Vladimir Poutine à la question téléphonée de Sergueï Karaganov. «Je ne vois personne d’un peu sensé et ayant la mémoire claire qui songerait à utiliser l’arme nucléaire contre la Russie», a poursuivi M. Poutine devant les quelque cent quarante invités, dont de nombreuses personnalités issues de BRICS, réunies à Sotchi. «Toute attaque nucléaire contre la Russie déclencherait dans la seconde la réponse de centaines de missiles nucléaires – des centaines, a-t-il répété -, à laquelle aucun ennemi ne pourrait survivre». Des déclarations appuyées par l’annonce, un peu plus tôt par le chef du Kremlin, que la Russie avait testé – sans précision de date- son missile de croisière nucléaire subsonique, le Bourevestnik (pétrel, en français), que les Russes qualifient de «sans équivalent» et doté d’une portée «illimitée».

ESSAIS NUCLEAIRES

C’était aussi le prétexte, pour Vladimir Poutine, de porter le fer sur un terrain connexe, celui des essais nucléaires et de livrer à ce propos une annonce dans le flot d’un discours qui, par ailleurs, recyclait nombre de ses saillies anti-occidentales habituelles.

Le président russe a ainsi brandi une éventuelle sortie du Traité d’interdiction des essais nucléaires (TICE) de 1996, signé et ratifié par la Russie, contrairement aux États-Unis et à la Chine qui ne l’ont pas ratifié.

«Je ne suis pas prêt à vous dire si nous avons réellement besoin de mener des essais ou non mais il est théoriquement possible de se comporter comme le font les États-Unis», a déclaré M. Poutine.

Moscou a effectué son dernier test en 1990 ; Washington en 1992. Après la suspension de sa participation au traité de désarmement New Start, en février dernier, une reprise des essais nucléaires aurait des effets profondément déstabilisants, estiment les experts. Nombre d’entre – eux, en Occident, doutent néanmoins d’un recours par la Russie à l’arme nucléaire, tant à cause de ses effets apocalyptiques que parce que la Chine, partenaire de premier plan pour Moscou, ne le permettrait pas.

Les déclarations de M. Poutine interviennent néanmoins dans un contexte où le spectre d’une escalade a refait surface, dans les médias tout au moins, avec les déclarations –passablement absconses -, la semaine dernière, de la patronne de Russia Today, Margarita Simonian. Celle-ci a plaidé pour l’explosion d’une bombe atomique au-dessus de la Sibérie, dans le but notamment, selon elle, montrer à l’Ouest que «la patience de la Russie est à bout».

À quelques mois des élections présidentielles de mars prochain, pour lesquelles M. Poutine pourrait bientôt dévoiler, sans véritable suspense, ses intentions (en novembre, indiquait récemment le quotidien Kommersant), la menace nucléaire reste surtout pour le maître du Kremlin une arme de communication à double détente, tant pour stigmatiser les États-Unis que pour se valoriser vis-à-vis de son opinion intérieure.

Luc MICHEL (Люк МИШЕЛЬ)

* Avec le Géopoliticien de l’Axe Eurasie-Afrique :
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