Karel Huybrechts pour
Le Quotidien géopolitique – Geopolitical Daily/
de LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ)/
2023 11 06/ Série V/

Partie III

la guerre Hamas-Israël et l’Axe de la Résistance (III) :
avec les attaques des Houthis du Yémen, une « logique escalatoire »

L’attaque de missiles et de drones lancée mardi, puis renouvelée le lendemain, par les rebelles yéménites houthis en direction d’Israël a confirmé la présence d’un nouvel acteur en marge de la guerre entre l’État hébreu et le Hamas.

Une nouvelle étape a été franchie dans la guerre entre Israël et le Hamas. Proches de l’Iran, les rebelles yéménites houthis ont affirmé, mardi 31 octobre, avoir lancé plusieurs missiles et drones vers le territoire israélien. Ils ont également promis de poursuivre leurs attaques contre l’État hébreu jusqu’à la fin de sa guerre contre le Hamas. Une promesse qu’ils semblent avoir tenue, affirmant, mercredi, avoir lancé une nouvelle attaque de drones contre Israël.

L’armée israélienne, qui avait affirmé avoir intercepté les premiers tirs, a déployé mercredi des navires lance-missiles en mer Rouge en guise de renfort.

Ce ne sont pas les premières attaques du genre depuis le début de la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza. Le 19 octobre, le Pentagone avait indiqué qu’un destroyer américain « opérant dans le nord de la mer Rouge » avait abattu trois missiles sol-sol et plusieurs drones « se dirigeant potentiellement vers des cibles en Israël » et attribués par Washington aux rebelles houthis. Ces derniers avaient également été accusés par Israël d’être à l’origine des drones qui se sont abattus le 28 octobre dans le Sinaï égyptien, frontalier d’Israël, faisant six blessés.

COMMENT EXPLIQUER CETTE ATTAQUE VENUE DU YEMEN ?

Pour David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques (ed. L’Harmattan), chercheur rattaché à l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas) ainsi qu’à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), la guerre entre Israël et le Hamas est dans une « logique escalatoire » qui s’étend à la mer Rouge. Où « ce sont vraisemblablement les Américains qui vont gérer la situation ».

QUEL EST LE MESSAGE DERRIERE LES DERNIERES ATTAQUES DES HOUTHIS ?

David Rigoulet-Roze : « La nouveauté, c’est qu’ils les revendiquent ouvertement. Désormais, les choses sont avérées. Les Houthis se mobilisent, au même titre que d’autres supplétifs pro-iraniens comme le Hezbollah libanais, les milices pro-iraniennes en Syrie et celles parties prenantes de la puissante coalition des Hachd al-Chaabi en Irak, pour participer de manière élargie à ce qui est qualifié de ‘Mouqawama’ (‘résistance’ en arabe, NDLR) contre Israël, en soutien au Hamas dans sa confrontation avec l’armée israélienne. »

QUEL POURRAIT ETRE LE ROLE DE L’IRAN ?

La question est de savoir s’il y a un « design » iranien derrière les derniers événements. Et si c’était le cas, de savoir jusqu’où Téhéran serait prêt à aller, notamment avec ses supplétifs régionaux, dont le Hezbollah libanais est le principal élément. Il est difficile de penser que l’attaque du Hamas, le 7 octobre dernier, et les massacres qu’elle a entraînés au cœur d’Israël, ait pu être le seul fait de son initiative et que cela ne s’inscrive pas dans un scénario élargi. Et ce, dans la mesure où le Hamas savait pertinemment quelle serait inévitablement la nature de la réponse israélienne en pareil cas, à savoir sa disparition en tant qu’organisation politico-militaire.

Pourquoi aurait-il pris un tel risque s’il n’avait pas obtenu préalablement des garanties en deuxième rideau de la part d’autres acteurs ? On peut légitimement se demander s’il ne s’agissait pas de la première séquence d’un scénario plus vaste. La tension croissante à la frontière israélo-libanaise, la vingtaine d’attaques contre les bases américaines en Syrie et surtout en Irak, notamment celle d’Al-Asad, semblent aller dans le sens d’une ‘logique escalatoire’ susceptible de déraper dangereusement. Les lancements de missiles et de drones de la part des Houthis s’inscrivent dans cette logique escalatoire.

Il y a plusieurs facteurs d’explication pour comprendre pourquoi les Houthis se retrouvent partie prenante de ladite ‘Mouqawama’ contre Israël. Il s’agit d’une milice sectaire d’obédience chiite, bien qu’il ne s’agisse pas exactement du même chiisme que celui des Iraniens. Les Houthis sont zaydites, et les Iraniens, duodécimains. Et la ‘confessionnalisation’, ces dernières années, des rivalités géopolitiques régionales entre l’Arabie saoudite et l’Iran a favorisé un rapprochement de plus en plus marqué des Houthis avec Téhéran, au point pour certains de ses cadres d’aller recevoir une formation et un entraînement en Iran.

À tort ou à raison, les Saoudiens considèrent de fait la milice houthie comme une sorte de ‘Hezbollah bis’ sur ses frontières méridionales. Il y a aujourd’hui une forme d’’iranisation’ du chiisme yéménite, qui n’était pas préexistante et qui fait que l’agenda yéménite est de plus en plus indexé sur l’agenda régional iranien.

COMMENT ISRAËL PEUT-IL REAGIR FACE A CETTE NOUVELLE MENACE ?

Ce sont vraisemblablement les Américains qui vont gérer la situation avec les Houthis, l’US Navy assurant la ’police maritime’ en mer Rouge. Le destroyer USS Carney avait intercepté trois missiles et huit drones houthis le 19 octobre.

Cette attaque avait été jugée suffisamment grave par les États-Unis pour qu’ils décident l’envoi immédiat d’un autre destroyer américain, l’USS Thomas Hudner. Celui-ci escortait jusque-là le porte-avions USS Gerald R. Ford en Méditerranée et ce, afin qu’il puisse prendre la relève de l’USS Carney pour répondre au défi du réapprovisionnement des munitions déjà utilisées, dans la perspective où ce type d’intervention devait être appelé à se multiplier. Il s’agit donc pour l’US Navy de verrouiller la mer Rouge et de sécuriser l’espace aérien israélien au niveau du golfe d’Aqaba et au-delà.

DOIT-ON VOIR UNE EXTENSION DE LA GUERRE ENTRE ISRAËL ET LE HAMAS EN MER ROUGE ?

Elle est déjà en train de déborder. C’est ce que je caractériserais par une ‘logique escalatoire’. On pouvait avoir de sérieux doutes sur le fait que le conflit demeurerait circonscrit à Gaza. On le voit déjà au niveau régional avec les conséquences collatérales dans les pays arabes, dont les régimes se retrouvent potentiellement déstabilisés. Ceux-ci sont contraints de s’associer à leurs opinions publiques respectives – ce que l’on qualifie parfois abusivement de ’rue arabe’ – chauffées à blanc pour la défense de la cause palestinienne, que Téhéran n’a pas manqué d’instrumentaliser à son profit en mobilisant simultanément ses mandataires régionaux.

Un indicateur de l’évolution de la situation résidera sans doute dans le discours attendu vendredi – non sans inquiétude – de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah libanais. Ce sera la première fois qu’il s’exprimera depuis les massacres commis par le Hamas le 7 octobre dernier. On peut relever qu’il y a eu très récemment une réunion, rendue publique le 25 octobre, entre Hassan Nasrallah, le numéro 2 du Hamas, Saleh al-Arouri, et le chef du Jihad islamique Ziad al-Nakhaleh, lors de laquelle ils auraient évoqué ‘ce que les parties de l’axe de la résistance (l’Iran, la Syrie et leurs supplétifs dans la région, NDLR) doivent faire en cette étape critique pour permettre la victoire à Gaza et en Palestine’.

Et en ce qui concerne le Yémen, les attaques houthies vont vraisemblablement d’autant plus continuer que l’offensive israélienne ne peut que se développer. La ‘logique escalatoire’ semble virtuellement enclenchée avec les attendus les plus inquiétants qui soient.

Photo :
Des forces loyales aux rebelles houthis du Yémen brandissent des drapeaux palestiniens lors d’une marche de solidarité avec les Palestiniens, le 15 octobre 2023, à Sanaa, la capitale du Yémen.


Luc MICHEL (Люк МИШЕЛЬ)

* Avec le Géopoliticien de l’Axe Eurasie-Afrique :
Géopolitique – Géoéconomie – Géoidéologie – Géohistoire – Géopolitismes – Néoeurasisme – Néopanafricanisme
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